23 avril 2024

MOSAIQUES

La Gazette de la Diaspora

Choquant: Des subsahariens chassés sans pitié de leurs maisons en Tunisie 

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Deux jours après les propos polémiques du président tunisien sur les mesures urgentes contre les Subsahariens, les migrants africains se font de plus en plus rares dans les rues de Tunis. Une situation qui ressemblerait au calme avant la tempête.

En réalité, la plupart des Subsahariens sont désormais cloîtrés chez eux, de peur d’être pris à partie, agressés ou attrapés par la police qui n’hésite plus à débarquer dans les maisons occupées par ces derniers pour des contrôles systématiques de papiers. S’ensuivent, la plupart des cas, des arrestations et des humiliations dignes d’un autre âge.

Certains travailleurs journaliers, obligés de sortir pour la pitance quotidienne, sont souvent cueillis sur leurs lieux de travail quand ils ne prennent pas leurs jambes à leurs cous à la moindre vue d’un uniforme.

« En tant que Noir et étranger, j’ai peur et je me sens menacé en Tunisie. Du fais que tu es Noir, tu es dans le viseur de la population qui te méprise, tu es dans le viseur de la police. Les arrestations arbitraires sont réccurentes. Souvent, on ne prend pas la peine de regarder tes papiers. On vous rassemble et on vous met dans un cargo et on vous envoie au poste de police. 

Souvent, on te fait signer des papiers en arabe, alors que tu n’es pas censé connaître cette langue. Nous sommes mêlés à des prisonniers qui ont commis des actes graves. Nous dénonçons un racisme d’Etat. Nous ne sentons plus la Tunisie comme un pays d’accueil. Nous regrettons une certaine passivité de l’Etat par rapport à ces actes. Aujourd’hui, on nous attribue beaucoup d’actes, vols, agressions. Ces actes existent certes mais ne constituent qu’une infime minorité. J’attire l’attention de l’opinion pour éviter les généralisations », a lancé Bio Vamet Michael Eli, président des étudiants et stagiaires ivoiriens en Tunisie.

Au-delà des arrestations arbitraires et suivant le faciès, c’est la montée de la négrophobie et du sentiment anti-subsaharien qui s’installe désormais dans la rue, les commerces, les transports en commun. Certains chauffeurs de taxis collectifs refusent carrément de s’arrêter quand ils ne vous crachent pas à la figure.

Le plus triste, ce sont les rapports avec les voisins qui se détériorent d’un seul coup et qui commencent à vous fusiller du regard. (Heureusement, ce ne sont pas tous les voisins. Certains, bien au contraire, ont soutenu, défendu et même apporté un soutien émouvant à ces migrants).

Par ailleurs, ce qui est difficile à admettre, c’est quand le bailleur vous demande de quitter sa maison sans préavis. Nombre de Subsahariens ont été chassés de leurs maisons par des propriétaires sans vergogne et sans la moindre pitié. 

Il est désormais fréquent de voir des Subsahariens dans la rue avec toutes leurs affaires, des scènes surréalistes et écoeurantes que nul n’aurait imaginées dans un pays à l’hospitalité légendaire comme la Tunisie.

« Alors qu’il n’y a jamais eu de problème entre mon bailleur et moi, subitement il me demande de libérer sa maison dans 48 heures. Pourtant, je me suis toujours acquitté de mon loyer dans les règles de l’art. Je lui demande la raison, il m’explique que c’est la police qui l’a contacté pour le sommer de quitter la maison, alors que je suis étudiant inscrit
dans une université privée en Tunis », confie cet étudiant gabonais (G.L.) qui possède tous ses papiers.

Certains n’ont même pas eu ce petit privilège. Leurs bailleurs ont décidé subitement de les mettre à la rue avec tous leurs effets, une situation gênante qui a poussé un interlocuteur à se demander si nous sommes bien dans un pays… musulman.

« La situation en Tunisie est devenue grave », indique Ange Seri Soka, président de l’Union des Ivoiriens en Tunisie et responsable de la délégation de la Fondation ivoirienne des droits de l’homme et Observatoire de la vie politique (FIDHOP) en Tunisie. Et de poursuivre: « Nos compatriotes sont jetés dans les rues. L’État demande à ce que tout Tunisien qui héberge un étranger qui n’est pas en règle le sorte immédiatement de sa maison, sinon le propriétaire de la maison encourt une peine de quinze jours de prison et une amende bien salée. Du coup, certains responsables des maisons sont passés à l’acte. Et c’est vraiment triste ».

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